7 morceaux choisis

On a tous déjà souligné une phrase dans un livre ou noté une citation quelque part, dans un carnet… Voici sept passages que j’adore et que j’aime à relire fréquemment.

  • « Ce qui est, à mon sens, pure miséricorde en ce monde, c’est l’incapacité de l’esprit humain à mettre en corrélation tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île de placide ignorance, au sein des noirs océans de l’infini, et nous n’avons pas été destinés à de longs voyages. Les sciences, dont chacune tend dans une direction particulière, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu’à présent ; mais un jour viendra où la synthèse de ces connaissances dissociées nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la réalité et la place effroyable que nous y occupons : alors cette révélation nous rendra fous, à moins que nous ne fuyions cette clarté funeste pour nous réfugier dans la paix et la sécurité d’un nouvel âge de ténèbres. » — H. P. Lovecraft, Le mythe de Cthulhu.
  • « Vous avez un visage étonnamment beau, Monsieur. Ne froncez pas le sourcil. C’est vrai. Or la beauté est une forme de génie ; en fait, elle est supérieure au génie parce qu’elle se passe d’explications. Elle constitue l’une des grandes données du monde, comme la lumière du Soleil, ou le printemps, ou le reflet, dans des eaux ténébreuses, de cette coquille d’argent que nous appelons la Lune. Elle ne peut être mise en doute. Elle est souveraine de droit divin. Elle fait prince tous ceux qui la possèdent. Vous souriez ? Ah ! Quand vous l’aurez perdue, vous ne sourirez plus… Les gens disent quelques fois que la beauté n’est que superficielle. Peut-être. Du moins n’est-elle pas aussi superficielle que la pensée. Pour moi, la beauté est la merveille des merveilles. Seules les personnes qui manquent de profondeur ne jugent pas d’après les apparences. Le vrai mystère du monde, c’est le visible, et non l’invisible… » — Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray.
  • « Et les Ténèbres, et la Ruine, et la Mort rouge, établirent sur toutes choses leur empire illimité. » — Edgar A. Poe, Le masque de la mort rouge.
  • « Les noms de quelques-uns jusqu’à nous sont venus ;
    Ils s’appelaient Bernard, Lahire, Eviradnus ;
    Ils avaient vu l’Afrique ; ils éveillaient l’idée
    D’on ne sait quelle guerre effroyable en Judée,
    Rois dans l’Inde, ils étaient en Europe barons ;
    Et les aigles, les cris des combats, les clairons,
    Les batailles, les rois, les dieux, les épopées,
    Tourbillonnaient dans l’ombre au vent de leurs épées […] » — Victor Hugo, Les chevaliers errants.
  • « Peu à peu, la lumière changea. Depuis deux ans et plus, le passage du temps se marquait aux progrès d’une jeunesse qui se forme, se dore, monte à son zénith : la voix grave s’habituant à crier des ordres aux pilotes et aux maîtres des chasses ; la foulée plus longue du coureur ; les jambes du cavalier maîtrisant plus expertement sa monture ; l’écolier qui avait appris par cœur à Claudiopolis de longs fragments d’Homère se passionnait de poésie voluptueuse et savante, s’engouait de certains passages de Platon. Mon jeune berger devenait un jeune prince. […] Quelque temps plus tôt, au cours d’une escale en Sardaigne, un orage nous fit chercher refuge dans une cabane de paysans ; Antinoüs aida notre hôte à retourner une couple de tranches de thon sur la braise ; je me crus Zeus visitant Philémon en compagnie d’Hermès. Ce jeune homme aux jambes repliées sur un lit était ce même Hermès dénouant ses sandales ; Bacchus cueillait cette grappe, ou goûtait pour moi cette coupe de vin rose ; ces doigts durcis par la corde de l’arc étaient ceux d’Éros. Parmi tant de travestis, au sein de tant de prestiges, il m’arriva d’oublier la personne humaine, l’enfant qui s’efforçait vainement d’apprendre le latin, priait l’ingénieur Décrianus de lui donner des leçons de mathématiques, puis y renonçait, et qui, au moindre reproche, s’en allait bouder à l’avant du navire en regardant la mer. » — Marguerite Yourcenar, Mémoires d’Hadrien.
  • « Sans vin pur, sans autels, sans hymnes, sans guirlandes, 
    La Mort est le seul dieu qui ne veut pas d’offrandes ;
    Tes grains d’encens brûlés ne sauraient l’émouvoir,
    Et l’Amour qui peut tout est sur lui sans pouvoir. » — Eschyle, Vème siècle avant notre ère.
  • « Ici le deuil est vain et l’éloge succombe :
    Il a trois continents pour lui servir de tombe. » — Tombeau d’Alexandre le Grand, Addée de Macédoine.